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Mis en avant

Montrer la richesse et la diversité des expressions culturelles et artistiques en lien avec l’univers maritime

Annoncer – et si possible commenter –  les sorties de livres, de bandes dessinées, de films qui enrichissent notre regard sur l’océan, ses défis d’hier et d’aujourd’hui ;

Susciter curiosité et intérêt pour les festivals, les rencontres, les expositions organisées partout en France tout au long de l’année :

… C’est l’ambition de cette rubrique qui souhaite se nourrir et s’éclairer de vos contributions. 

Sélection Livres 2026

Récits, Témoignages et Essais

  • La sagesse des océans, Craig Foster (Éditions Buchet Chastel, mai 2025) : Une invitation à retrouver une connexion profonde avec la nature sauvage à travers les expériences de plongée de l’auteur.
  • Justice pour l’étoile de mer, Marine Calmet et Marion Sarano (Éditions Actes Sud, mai 2025) : Un plaidoyer pour la reconnaissance des droits de l’Océan en tant que communauté vivante.
  • Un été en mer, Simonetta Greggio et Olivier Weber (Éditions Actes Sud, mai 2025) : Un voyage au cœur du sanctuaire Pelagos en Méditerranée, entre découverte scientifique et prise de conscience écologique.
  • Raconter la mer, Björn Larsson (Éditions Zeraq, octobre 2025) : Un voyage littéraire explorant le lien profond entre la navigation et l’écriture, à travers les grands récits maritimes.
  • Le capitaine fantôme, Katarina Vuori (Éditions Marchialy, octobre 2025) : Un récit d’aventures historiques sur une tentative de création d’une communauté égalitaire en Sibérie à la fin du XIXe siècle.
  • Officier radio, Marie Richeux (Éditions Sabine Wespieser, août 2025) : Une enquête intime et documentée sur le naufrage de l’Emmanuel Delmas en 1979.
  • La folie océan, Vincent Message (Éditions du Seuil, septembre 2025) : Un roman explorant les tensions entre passion amoureuse et enjeux de la crise écologique marine.
  • Aujourd’hui l’océan, Romain Troublé (Éditions Stock, mai 2025) : Le parcours d’engagement d’un directeur de la Fondation Tara Océan, dédié à la préservation du Vivant.
  • Poulpe, le magicien de l’océan, Anne-Sophie Darmaillacq (Éditions Vagnon, septembre 2025) : Une exploration fascinante des capacités spectaculaires et de l’intelligence des céphalopodes.
  • Dictionnaire insolite de la mer, Denis-Michel Boëll (Éditions Cosmopole, avril 2025) : Un voyage personnel à travers le patrimoine maritime, l’histoire et les légendes.
  • L’épopée des passeurs, Alexandre Lauret (Éditions de la Découverte, mai 2025) : Une épopée sur la filière migratoire transnationale organisée à Djibouti entre 2007 et 2020.
  • Grindadráp, Caryl Ferey (Éditions Gallimard, avril 2025) : Un huis clos haletant aux îles Féroé, sur fond de chasse rituelle à la baleine et de militants écologistes.
  • Le Pacte des Baleines, Witi Ihimaera (Éditions Au Vent Des Iles, août 2025) : Une suite empreinte de mythes polynésiens et d’humour, militant pour la protection de la faune.
  • Naufragés, Sophie Elmhirst (Éditions Paulsen, avril 2025) : L’histoire vraie d’un couple ayant survécu plus de cent jours sur un canot de survie après le naufrage de leur voilier.
  • Le grain de sel d’une femme de marin, Françoise Gehannin (Éditions Jeune Marine, mars 2025) : Des chroniques humbles et humoristiques sur le quotidien des travailleurs du long cours.
  • Mon premier Vendée Globe, Violette Dorange (Gallimard, 2025) : Un carnet de bord illustré retraçant l’aventure humaine de la plus jeune concurrente du Vendée Globe.
  • Là où naissent les glaces, Joan Krug (Éditions Argyll, août 2025) : Un récit intense sur la survie et le dépassement de soi en Antarctique lors d’une expédition de 1902.
  • Le capitaine égaré, Vincent Guéquière (Éditions Paulsen, mai 2025) : Le destin d’un marin français durant la guerre d’Indépendance américaine.
  • Neptune, qui osera vivre !, Christophe Agnus (Éditions Glénat, septembre 2025) : L’histoire extraordinaire de Bertrand Delhom, atteint de Parkinson, ayant accompli un tour du monde à la voile.
  • Un cri dans l’océan, Benoît d’Halluin (Éditions XO, janvier 2025) : Un roman puissant sur la réalité du trafic d’êtres humains en mer.

Livres illustrés et études spécialisées

  • Le Dessous des cartes : Atlas géopolitique des mers et des océans, Émilie Aubry et Franck Tétart (Éditions Tallandier, septembre 2025) : Une analyse des enjeux stratégiques contemporains (câbles sous-marins, commerce mondial, duels sino-américains).
  • Apprivoiser la mer, Jean-Éric Aubert et Yves Kinossian (Éditions Silvana, juillet 2025) : Une mise en lumière du riche patrimoine maritime des Alpes-Maritimes.
  • Le chant perdu des baleines, Laurence Paoli et Fabrice Guérin (Éditions Actes Sud, octobre 2025) : Une enquête sur la pollution sonore sous-marine et ses impacts sur la biodiversité.
  • Les oubliés de l’île Saint-Paul, Dominique Le Brun (Éditions Locus Solus, novembre 2025) : Le récit tragique des colons abandonnés sur cette île isolée en 1930.
  • Haute mer – Les derniers forçats de la pêche, Marie Détrée et Cyril Hofstein (Éditions Arthaud, octobre 2025) : Un témoignage sensible sur la dureté du quotidien des pêcheurs en haute mer.
  • Dictionnaire amoureux illustré de la voile, Loïck Peyron (Éditions Grund, octobre 2025) : Un hommage au monde de la voile par un marin renommé.
  • Biologiste de la mer : Lucien Laubier, Gilles Chatry (Éditions Locus Solus, janvier 2025) : Une biographie complète sur la vie et l’apport scientifique de ce pionnier de l’océanographie.
  • Les ports, un nouvel enjeu en écologie marine, Marc Bouchoucha et autres (Éditions Quae, octobre 2025) : Une étude sur le rôle méconnu des ports en tant qu’habitats pour la biodiversité marine.

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Sélection Bandes Dessinées 2026

1. HISTOIRE DE LA MER, de Matz, Jörg Mailliet, Olivier Chaline et François Lefèvre – Éditions des ARÈNES (Août 2025)
Une grande fresque historique de 4 000 ans qui retrace les aventures maritimes de l’humanité, des conquêtes antiques aux défis climatiques actuels, réalisée en partenariat avec Sorbonne Université.

2. La Longue Route, de Bernard Moitessier, Younn Locard et Stéphane Melchior – Éditions Gallimard (14 mai 2025)
L’adaptation en bande dessinée du célèbre périple de Bernard Moitessier lors du premier tour du monde en solitaire de 1968, transformant un exploit sportif en un profond voyage intérieur.

3. La révolution des algues, d’Étienne Lécroart et Vincent Doumeizel – Éditions Futuropolis (Avril 2025)
Un ouvrage documentaire adapté de l’essai de Vincent Doumeizel qui explore les vertus insoupçonnées des algues pour réparer les écosystèmes et lutter contre la crise alimentaire mondiale.

4. Une bouteille à la mer, de Zelba et Isabelle Autissier – Éditions Futuropolis (Septembre 2025)
Un reportage graphique né de la collaboration entre la navigatrice Isabelle Autissier et l’autrice Zelba, partant à la rencontre de personnalités engagées dans la protection des océans.

5. Un ouragan sur la course, Fastnet 1979, de Stéphane Melchior et Renaud Garreta – Éditions Delcourt (Mai 2025)
Le récit documenté et haletant de la tragique course du Fastnet en 1979, où une tempête dévastatrice a coûté la vie à 15 marins et déclenché une opération de secours gigantesque.

6. L’oubliée du radeau de La Méduse, de Cazaux et Soufflard – Éditions Marabulles (Octobre 2025)
Une fresque humaine poignante inspirée de faits réels et du célèbre tableau de Géricault, suivant le destin dramatique et bouleversant de Blanche, seule femme survivante à bord du radeau de fortune.

7. On a mangé la mer – Une enquête au cœur de la crise de la pêche en France, de Maxime de Lisle et Olivier Martin – Éditions Futuropolis (Février 2025)
Une bande dessinée d’enquête menée par le président de l’ONG Seastemik, qui analyse de manière lucide la surconsommation de poisson, les politiques publiques et la crise de la surpêche.

8. À quoi rêvent les pieuvres, de Pierre-Roland Saint-Dizier, Alex Dos Santos et Leyla – Éditions Steinkis (Avril 2025)
L’histoire de Fred, une chercheuse à la station biologique de Roscoff, qui noue une relation troublante et inattendue avec une pieuvre nommée Inky dans le cadre d’un programme sur l’intelligence marine.

9. Sous-marins français – 150 ans sous les mers, de Patrick Deschamps et Jean-Marie Cuzin – Éditions du Triomphe (Août 2025)
Une plongée historique et militaire à la découverte d’un siècle et demi d’épopée navale française sous la surface, du Nautilus de Jules Verne aux sous-marins nucléaires modernes.

10. Carcoma, d’Andrés Garrido – Éditions Dupuis (Juillet 2025)
Un conte macabre et poétique mettant en scène un équipage de pirates damnés et désabusés dont le destin bascule lors de la découverte d’une mystérieuse créature marine sur une île déserte.

11. Deux femmes, d’Arnaud Le Gouëffec et Laurent Richard – Éditions Glénat (Avril 2025)
Le destin croisé, tumultueux et romanesque d’Anne Bonny et Mary Read, les deux plus célèbres femmes pirates de l’Histoire, abordé sous l’angle de la résilience et de la liberté.

12. U-9, de Jean-Yves Delitte, Philippe Adamov et Fabio Pezzi – Éditions Glénat (Septembre 2025)
Un album historique qui revient sur l’exploit militaire de septembre 1914, lorsqu’un petit submersible allemand est parvenu à couler trois croiseurs cuirassés anglais en moins d’une heure.

13. SINOPE, de Jean-Yves Delitte et Sandro – Éditions Glénat (Avril 2025)
Une reconstitution historique de la célèbre et destructrice bataille navale de Sinope en novembre 1853, point de bascule des tensions diplomatiques et militaires entre les empires russe et ottoman.

14. La tempête, trois jours et trois nuits en enfer, de Le Galli et Héloret – Éditions Locus Solus (Mai 2025)
Inspiré d’une catastrophe bien réelle de septembre 1930, ce récit maritime met en scène l’équipage d’un thonier face au déchaînement de la plus grande tempête du siècle.

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Sélection films (2026)

CAP CORSE, LE MYSTÈRE DES ANNEAUX

  • Réalisation : Yann Rineau
  • Production : Les Gens bien Production, Arte France, Andromède Oécanologie (France)
  • Année : 2025
  • Durée : 1h31min

Au large du Cap Corse, à 120 mètres de profondeur, 1417 cercles réguliers dessinent un écosystème mystérieux, étudié depuis plus de dix ans. Menée par le plongeur Laurent Ballesta, une expédition scientifique en plongée profonde cherche à comprendre l’origine de ces formations. Les recherches montrent qu’elles seraient très anciennes et liées aux variations du niveau de la mer lors de la dernière ère glaciaire, faisant de ce site une véritable mémoire des changements climatiques passés en Méditerranée.

SAUVETEURS EN MER : L’APPEL ET LE SACRIFICE

  • Écriture et réalisation : Marion Guégan
  • Production : Bonne Pioche Télévision (France)
  • Année : 2025
  • Durée : 51 minutes

Dans la nuit du 7 août 1986, un drame est sur le point d’ébranler la Bretagne et la France. Cinq sauveteurs bénévoles de la Société nationale de Sauvetage en mer (SNSM) de la station Aber Wrac’h partent en mission à bord de leur seul canot de sauvetage. Leur objectif est de secourir un bateau de plaisance, échoué près de l’île du Bec. L’opération vire à la tragédie lorsque, au petit matin, leur canot est retrouvé brisé sur les rochers de Kerguen, sans aucun survivant parmi les sauveteurs à bord. À l’occasion de ce drame, les Français découvrent le travail des sauveteurs en mer et les dangers qu’ils affrontent au quotidien.

POSIDONIE, LE SOUFFLE VERT DE LA MÉDITERRANÉE

  • Écriture et réalisation : Juliette Bourgeois
  • Production : Bonne Pioche Télévision et Storia Productions
  • Coproduction : France 3 Corse Via Stella et France Télévisions (France)
  • Année : 2025
  • Durée : 51 minutes

C’est un végétal au doux nom mythologique, la Posidonie, plante à fleurs sous-marine qui pousse en herbier sur la plupart des littoraux méditerranéens. Cette plante endémique a traversé les millénaires avant d’affronter son plus redoutable prédateur : l’Homme. Depuis quelques décennies, la Posidonie a perdu 34 % de son territoire dans le bassin méditerranéen, 10 % sur les côtes françaises. Un recul dramatique : cette prairie aquatique est une véritable machine à fabriquer de l’oxygène, assure la qualité et la propreté des eaux et abrite des espèces animales et végétales par milliers. Heureusement, sur les littoraux français, de nombreux experts se donnent pour mission de conserver ce végétal injustement déprécié. Plongeurs, ingénieurs et scientifiques ont formé l’Alliance Posidonia. Une coopération unique œuvrant pour la survie de la plante, sous l’eau et sur terre.

NA NODA DUAVATA (Titre international : Together as one)

  • Réalisation : Adrien Berlandi
  • Production : Wallonie Image Production (WIP) (Belgique/France)
  • Année : 2025
  • Durée : 70 minutes (sous-titré français)

Tourné aux îles Fidji, au cœur du Pacifique, ce film explore le lien vital entre une communauté insulaire et l’océan qui l’entoure, un lien à la fois spirituel, écologique et existentiel. À travers les voix des habitant·es, Na Noda Duavata (qui signifie « notre unité » en fidjien) met en lumière la manière dont la mer façonne la vie quotidienne, la culture et l’imaginaire collectif d’un peuple aujourd’hui directement confronté aux effets du changement climatique. Le film interroge notre rapport à la nature et à la mer comme espace de mémoire, de résistance et de transmission. Ce récit profondément sensible, tourné entre montagnes et lagon, fait résonner la mer comme témoin et actrice d’un bouleversement global.

ENTRE NOS VAGUES

  • Réalisation : Alain Pichon
  • Production : Festival Pêcheurs du monde et Cinémathèque de Bretagne (France)
  • Année : 2025
  • Durée : 60 minutes
  • Note : Film inédit présenté par Alain Pichon et la Cinémathèque de Bretagne, réalisé à partir des archives de la Cinémathèque de Bretagne et de collections iconographiques, visuelles et audio-visuelles particulières.

À l’aube du cinéma, le monde des pêcheurs a tout de suite fasciné les réalisateurs amateurs et professionnels. Ces derniers ont collecté et saisi des images, des instantanés, sans doute conscients de la fugacité d’une communauté maritime quelque peu en marge de la modernité et menacée par elle. Dans le cadre de ce cycle initié en 2022, le réalisateur Alain Pichon, aux côtés de la Cinémathèque de Bretagne, redonne vie à ces images pour nous raconter l’histoire de la pêche et des pêcheurs bretons.

Jean a été mousse, matelot puis est devenu patron de pêche. Annie vit à terre. Jean et Annie sont tous les deux de Groix. Ils se rencontrent et se marient. Une aventure commence. Tout les rassemble… sauf la mer et les vagues qui seront entre eux longtemps. Basé pour l’essentiel sur les images de Jean, de la mer à la terre, en alternance, Jean et Annie nous racontent vingt années de leurs bonheurs et de leurs vagues.

A FORCE D’Y CROIRE

  • Réalisation : Coline Beal
  • Production : Air Vide et Eau productions (France)
  • Année : 2025
  • Durée : 44 minutes

En novembre 2024, Tanguy Le Turquais prend le départ du Vendée Globe. Il en a fallu de la force et des sacrifices pour arriver à ce départ. Ce film raconte ce chemin semé d’embuches et de doutes vers le rêve d’une vie. Ce film, c’est l’histoire d’un enfant qui rêve de Vendée Globe, c’est l’histoire d’une petite fille qui regarde ses deux parents partir faire le tour du monde, c’est l’histoire de tempêtes, de résilience et de rêves à accomplir.

UN CHOIX SOUVERAIN – CHANTIERS DE L’ATLANTIQUE 1985-2025

  • Réalisation : Jean-François Pahun
  • Production : Sundeck Films (France)
  • Année : 2025
  • Durée : 65 minutes

Ce documentaire retrace 40 ans de la formidable aventure industrielle des « nouveaux paquebots » au travers de nombreuses interviews et images d’archives. Jean-François Pahun et son équipe ont sillonné l’entreprise et le monde pour réaliser ce projet.

DEUX HOMMES A LA MER

  • Réalisation : Erwan Le Guillermic et David Morvan
  • Production : Aligal Production (France)
  • Année : 2025
  • Durée : 52 minutes

Le métier de marin-pêcheur est le plus dangereux. Tous vivent avec cette inquiétude à l’esprit : tôt ou tard, ils seront confrontés à l’accident. Un matin ensoleillé de septembre, au large de Quiberon, Daniel voit Benjamin emporté à la mer, la jambe prise dans un orin. Daniel plonge pour tenter de sauver son camarade. Mais tout va de mal en pis : le bateau les perd de vue. Daniel va dériver plusieurs heures dans l’océan, le corps de son ami dans les bras. À travers le portrait de Daniel, son quotidien de travail et le récit de l’accident, c’est toute la vie des marins-pêcheurs qui apparaît. Un monde à part, où les règles n’ont plus grand-chose à voir avec celles de la vie à terre.

OS BARCOS

  • Réalisation : Vincent Boujon
  • Production : The Kingdom (France)
  • Distribution : Andanafilms
  • Année : 2025
  • Durée : 86 minutes (sous-titré français)

Dans la favela de Gamboa, la terrasse du restaurant de Mônica est devenue tendance depuis que des influenceurs se prennent en selfie dans ce décor atypique au bord de la baie de Salvador. Mais à l’envers de cette carte postale, les habitants tentent de profiter de cette manne touristique pour survivre, alors que les riches voisins des alentours leurs compliquent la tâche…

MOITESSIER, L’HOMME QUI REFUSA LA GLOIRE

  • Réalisation : Sabine Emiliani
  • Production : Morgane Production (Sophie Parrault) (France)
  • Année : 2025
  • Durée : 52 minutes

En 1969, le navigateur Bernard Moitessier abandonne la première course à la voile autour du monde en solitaire, pour « sauver son âme ». Grâce aux archives – il a documenté sa course – le film propose d’embarquer à bord de Joshua, son fidèle voilier, pour partir à la rencontre de ce marin de légende, pionnier de l’écologie, écrivain et philosophe.

ENTRETIEN AVEC UN REQUIN

  • Réalisation : Pierre-Etienne Larrous
  • Production : Drift Production (France)
  • Année : 2025
  • Durée : 52 minutes

17 Février 2020 – Ponta do Ouro, Canal du Mozambique. Steven Surina, guide naturaliste spécialisé dans l’interaction avec les requins, encadre une plongée au milieu d’une douzaine de requins Bouledogue. Cette plongée il l’a faite des dizaines de fois, mais ce jour-là les requins ont un comportement inhabituel. Peu à peu, la situation dégénère et en dépit de son expérience, Steven ne parvient pas à désamorcer la situation qui devient dangereuse. Soudain, l’un d’entre eux – une femelle surnommée Tache blanche – le charge. Il la repousse avec le dôme de sa caméra et s’en sort indemne, mais profondément ébranlé.

Sa confiance vacille, ses certitudes volent en éclats. Que n’a-t-il pas vu ? Qu’a-t-il mal interprété ? Cette expérience l’amène à se remettre en question. Il décide alors de partir dans une quête pour tenter de répondre à ces questions : Le langage corporel des requins est-il universel et l’être humain est-il réellement capable d’interpréter ce langage ?

MOBULA LA LÉGENDE DES DIABLES

  • Réalisation : Pierre Léo Paul & Pierre-Etienne Larrous
  • Production : Mona Lisa Production (France)
  • Année : 2025
  • Durée : 52 minutes

Chaque été, au large de la Corse, une centaine de raies Mobula mobular (autrement connues sous le nom de « diables de mer ») se rassemblent pour se reproduire, donnant lieu à un spectacle nuptial exceptionnel et rarement observé. Vieille de 400 millions d’année, cette espèce marine a survécu à pfing extinctions massives. Mais aujourd’hui, l’activité humaine menace considérablement sa survie. Une équipe de biologistes marins organise une expédition scientifique afin d’améliorer la connaissance de cette créature mystérieuse, et d’en assurer la protection. Ils espèrent bien recueillir les preuves de son exceptionnelle agrégation estivale.

En chemin, they rencontrent des cachalots, des rorquals, des dauphins par centaines… Mais ils ne croisent que quelques raies isolées. Peu à peu, le doute s’installe : l’existence du banc de « diables de mer » serait-elle une légende ? Nous plongeons au cœur d’une aventure scientifique passionnante, ponctuée d’explorations en apnée et de rencontres avec la faune sauvage de Méditerranée, qui promet de lever le voile sur cet énigmatique géant des mers.

PIÈGE A MARÉE BASSE (Le grand cirque des marées)

  • Réalisation : Alexis Barbier-Bouvet et Manuel Lefèvre
  • Production : Sally Blake, CAPA Presse, ARTE G.E.I.E.
  • Année : 2025
  • Durée : 92 minutes
  • Note : Diffusé sous le titre Le grand cirque des marées sur Arte.

L’estran comme vous ne l’avez jamais vu ! Guerre, survie et ballet marin : dans une odyssée façon « Microcosmos » aux somptueuses images, ce documentaire filme au plus près le huis clos aquatique de la marée basse et son bestiaire haut en couleur. Sur les rivages de Bretagne, le long de ses côtes de granit, se répète à chaque marée basse un huis clos aquatique. Sur l’estran mélancolique, quand la mer se retire, habitants réguliers et visiteurs piégés se côtoient dans des arènes éphémères miniatures. Tous doivent survivre pendant treize heures. Le temps du flux, de l’étale et du reflux, les règles du jeu marin s’inversent jusqu’au retour de l’océan : les prédateurs peuvent devenir des proies, révélant des vulnérabilités inattendues, des alliances étonnantes se forment et des intrus tentent de s’adapter à cette nouvelle loi du plus fort.

Seigneur incontesté et terrassier hors pair, le homard trouve dans le congre un précieux garde du corps. Le poulpe caméléon, monstre prédateur aux neuf cerveaux, chasse avec agilité, tandis que le crabe parade en quête d’amour. Dans son bunker, la patelle s’arrime à son rocher et le petit requin lutte contre l’asphyxie. En maraude, le goéland, lui, guette du ciel les imprudents, alors qu’en charognards patentés les nasses réticulées jouent les éboueurs. Quant au bernard-l’hermite, figure drolatique à la recherche d’un logement vacant et sûr, il se faufile dans cette guerre impitoyable.

Grâce à des techniques de prise de vues innovantes, cette fresque haletante façon Microcosmos, dont la marée devient le métronome dramaturgique, plonge au cœur de l’estran et de ses combats titanesques pour la survie. Car chaque heure accentue la tension : la température monte, l’eau s’évapore, la salinité augmente et l’oxygène se raréfie, poussant ce petit monde du chacun pour soi à inventer des stratégies pour résister. La nuit, d’autres batailles font rage, comme dans cette séquence spectaculaire où une étoile de mer, échouant à détruire le bouclier d’une coquille Saint-Jacques, se venge sur une moule et sort son estomac pour l’avaler. Mais en révélant les prouesses de ce bestiaire haut en couleur, cette épopée fantastique offre aussi, en les observant, un reflet saisissant du réchauffement climatique.

SEAMEN’S CLUB

  • Réalisation : Tristan Bordmann
  • Production : Les Docs du Nord (France)
  • Année : 2025
  • Durée : 52 minutes

Situé au bord de la voie maritime la plus fréquentée du monde, le port de Dunkerque ne cesse de s’agrandir. Ici, le flot ininterrompu de millions de containers remplis de marchandises transitant par bateaux puis par camions rend visible et palpable notre société de consommation mondialisée. Perdu au milieu de cette machinerie titanesque, le Seamen’s Club tente de rendre plus humain le quotidien des marins de passage, des dockers et des routiers. Depuis des années Patricia, son frère Lorenzo et une équipe de bénévoles accueillent tous ces travailleurs de la mer dans un bar associatif en préfabriqué. Refuge à taille humaine, modeste et essentiel, ce lieu d’entraide et de solidarité est aujourd’hui en péril.

LA BALEINE ET LE MUSICIEN

  • Réalisation : Valentin Paoli
  • Composition musicale : Rone
  • Production : Valdès Production (France)
  • Année : 2024-2025
  • Durée : 1h23min

Explore la rencontre touchante entre le compositeur Rone et une baleine à bosse, mettant en avant le dialogue musical entre l’homme et la nature. Dans ce film, le compositeur Rone découvre par hasard que sa musique attire les cétacés. Intrigué par cette connexion, il embarque avec des scientifiques à La Réunion pour un voyage extraordinaire à la rencontre d’une baleine à bosse. Pour cette baleine, il crée spécialement une composition musicale. En pleine mer, ils entament un dialogue musical inédit et émouvant, posant des questions sur la communication entre les espèces et l’impact de la musique sur la nature. Le film aborde des thèmes tels que la connexion entre l’homme et la nature, l’importance de la musique comme moyen de communication, et la sensibilisation à la préservation des cétacés. Il invite les spectateurs à réfléchir sur la manière dont la musique peut transcender les barrières entre les espèces et créer des moments de compréhension mutuelle.

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Guirec Soudée, la voile à l’endroit !

« Il fait beaucoup de bien à la voile » : comment ne pas être d’accord avec le commentaire de Thomas Coville, une  référence du tour du monde à la voile, à l’arrivée de Guirec Soudée samedi 28 mars dernier à Brest après son tour du monde en solitaire record à la voile contre les vents et les courants dominants.

C’est vrai que ça fait du bien d’écouter Guirec Soudée parler de son tour du monde « à l’envers » :

 « Sur des courses comme le Vendée Globe, tu fais le tour du monde et, ensuite, tu entends plein de marins dire qu’ils sont passés à côté de plein d’endroits exceptionnels et qu’ils ne se sont jamais arrêtés. Pendant mon Vendée Globe, je suis passé près des îles Kerguelen et cela fait partie de mes plus beaux souvenirs. Là, j’ai vu l’île de Pâques, les Marquises, l’Australie, l’Afrique… Cela me parle, sinon c’est abstrait de faire un tour du monde, de voir juste ton bateau se déplacer sur une carte graphique où tout est virtuel. Voir de tes propres yeux des endroits magiques, c’est une vraie récompense. »

L’enthousiasme de Guirec Soudée fait écho au commentaire publié sur ce site, il y a déjà près de 4 ans : 

Tour du monde à la voile « à l’envers » : hier et aujourd’hui

Coïncidence : au moment où s’achève le tour du monde record, à la voile en solitaire, d’Est en Ouest,   contre les vents et courants dominants, du breton Guirec Soudée,  le journal Le Monde met à sa « une » le journal de bord redécouvert tout récemment à Saint Malo d’une des toutes premières expéditions commerciales françaises autour du monde, d’Est en Ouest, au début du 18ème siècle, un demi-siècle avant les grandes expéditions scientifiques de la Boudeuse et de l’Etoile.

Une coïncidence qui méritait bien un double commentaire !

D’abord sur Guirec Soudée :

Guirec Soudée : la voile à l’endroit !

« Il fait beaucoup de bien à la voile » : comment ne pas être d’accord avec le commentaire de Thomas Coville, une  référence du tour du monde à la voile, à l’arrivée de Guirec Soudée samedi 28 mars dernier à Brest après son tour du monde en solitaire record à la voile contre les vents et les courants dominants.

C’est vrai que ça fait du bien d’écouter Guirec Soudée parler de son tour du monde « à l’envers » :

 « Sur des courses comme le Vendée Globe, tu fais le tour du monde et, ensuite, tu entends plein de marins dire qu’ils sont passés à côté de plein d’endroits exceptionnels et qu’ils ne se sont jamais arrêtés. Pendant mon Vendée Globe, je suis passé près des îles Kerguelen et cela fait partie de mes plus beaux souvenirs. Là, j’ai vu l’île de Pâques, les Marquises, l’Australie, l’Afrique… Cela me parle, sinon c’est abstrait de faire un tour du monde, de voir juste ton bateau se déplacer sur une carte graphique où tout est virtuel. Voir de tes propres yeux des endroits magiques, c’est une vraie récompense. »

L’enthousiasme de Guirec Soudée fait écho au commentaire publié sur ce site, il y a déjà près de 4 ans : 

Sur le tour du monde malouin : celui du Grand Dauphin en 1711, 50 ans avant Bougainville 

Le journal Le Monde vient de mettre à sa « une » le journal de bord redécouvert tout récemment à Saint-Malo d’une des toutes premières expéditions commerciales françaises autour du monde, d’Est en Ouest, au début du 18ème siècle, un demi-siècle avant les grandes expéditions scientifiques de la Boudeuse et de l’Etoile.. Bravo au libraire collectionneur malouin pour sa « découverte » du Journal de Bord du Grand Dauphin, bravo aussi au Musée maritime de Saint-Malo qui s’est porté acquéreur du manuscrit.

Pour en savoir plus :

Souhaitons que l’indispensable refonte de l’exposition permanente du Musée National de la Marine de Paris, pour répondre aux objectifs assignés par l’Etat lors de sa récente rénovation, et rappelés fin 2013 lors de l’inauguration du nouveau musée par le Président de la République, permette de faire toute sa place à ce pan oublié de notre histoire maritime.

Pour mémoire, ce que nous écrivions sur ce site à cette occasion :

Comment ne pas souscrire aussi au propos d’Emmanuel Macron sur la nécessité d’un regard historique pour saisir l’enjeu des relations compliquées de la France avec la mer.

« La France, absorbée par son épopée continentale, n’a pas toujours accordé à la mer la place qu’elle méritait… Dans les grandes époques, nous avons retrouvé et ré-épousé notre avenir, notre réalité maritime et océanique.

La France du commerce, de l’édit de Nantes, la France conquérante, la France scientifique, la France des recherches, la France ultramarine, la France géostratégique, aime sa mer, la regarde comme un lieu de conquêtes, de savoirs, de passions. La France qui revient sur l’édit de Nantes, qui se replie sur les guerres civiles européennes, qui regarde ces provinces en oubliant qu’elles n’ont de destinée qu’en voyant le monde, est celle souvent qui perd ce supplément d’âme qui est le sien. »

Cette histoire qui mériterait de trouver toute sa place au Musée de Chaillot, c’est aussi, comme le souligne, de manière un peu trop restrictive d’ailleurs, le Président de la République, celle de son « cortège de héros, d’explorateurs, d’amiraux ou d’industriels ».

Un cortège qui pourrait rassembler aussi ces pêcheurs basques, vendéens, bretons qui pêchaient dès le début du 16ème siècle sur les bancs de Terre-Neuve, tout comme ces héros anonymes de la Royale, de la Marine marchande et de la pêche qui ont, en 1940, résisté sur les mers et tant d’autres encore, célèbres ou anonymes, qui mériteraient d’entrer par la grande porte au Palais de Chaillot ! Un cortège où pourraient également prendre place les écrivains célébrés par Simon Leys dans son anthologie de la littérature maritime française.

Nous avions écrit dans notre rapport de 2015 que l’« ancien » Musée de la Marine – qui ambitionnait pourtant de l’être – n’était pas en réalité un musée d’histoire mais un musée plutôt artistique et technique centré sur ses prestigieuses collections de maquettes et de tableaux. Celles-ci sont aujourd’hui présentées dans un superbe écrin : elles méritaient de l’être. Les autres dimensions que portait le projet à l’origine méritent d’y trouver demain toute leur place.

La publication du journal du Grand Dauphin nous invite aujourd’hui à ajouter aux héros d’hier les navigateurs au commerce malouins du début du 18ème siècle

La rentrée « littéraire » des Mémoires de la Mer

Les Mémoires de la Mer, ce sont des prix du livre, de la BD, du film documentaire, qui  fêteront l’an prochain leur vingtième anniversaire.

Ce sont aussi des jurys qui rassemblent des personnalités d’horizons divers – écrivains, journalistes, universitaires, journalistes, photographe, acteurs culturels…

Coïncidence : plusieurs d’entre eux sont publiés durant cet automne 2025. 

Petit clin d’oeil donc à :

Olivier Le Carrer : « Mers Océans » d’Olivier Le Carrer (auteur) et de Benoît Stichelbaut (photographe) aux Éditions Ouest-France

« Mers Océans » d’Olivier Le Carrer (auteur) et de Benoît Stichelbaut (photographe) aux Éditions Ouest-France

Francis Latreille : « Persévérance – Un voilier pour l’avenir de la planète aux Éditions  Michel Lafon » Jean-Louis Etienne (auteur), Francis Latreille (photographe) aux Éditions Michel Lafon

 « Persévérance – Un voilier pour l’avenir de la planète aux Éditions  Michel Lafon » Jean-Louis Etienne (auteur), Francis Latreille (photographe) aux Éditions Michel Lafon

Olivier Lascar :  « 50 petits et grands mystères du corps humain » de Nicolas Gutierrez(auteur) et d’Olivier Lascar (dessinateur) chez Vuibert

 « 50 petits et grands mystères du corps humain » de Nicolas Gutierrez(auteur) et d’Olivier Lascar (dessinateur) chez Vuibert

Emmanuel de Fontainieu :  » Atlantique le grand livre de l’océan » aux Editions Sud-Ouest

Emmanuel de Fontainieu :  » Atlantique le grand livre de l’océan » aux Editions Sud-Ouest

Le regard de l’historien Alain Cabantous sur le film documentaire de Thomas Johnson « Poutine et les 5 mers ».

Ce que nous savons de Poutine, à longueur de médias, c’est sa volonté obsessionnelle de conquêtes plus ou moins abouties dans le but de restaurer une fois la grande Russie, une autre fois l’ex Empire soviétique dont la chute fut selon lui l’erreur historique majeur de la période contemporaine. Or, ce que nous donne à voir le film de Thomas Johnson dépasse largement ces quelques réelles mais rapides généralités. Grâce à la pertinence d’analyses croisées, diplomatiques ou historiques, à l’appui pédagogique de cartes extrêmement parlantes, ce documentaire inscrit la stratégie de Poutine dans le temps et l’espace. Sur le long terme avec un avant et un après et dans une vision géopolitique globale où les cinq mers (Baltique, Blanche, Azov, Noire, Caspienne) tiennent un rôle fondamental.

Si Staline, appelé à la rescousse, est le concepteur des cinq mers qui devaient être réunies par la construction de canaux ou l’aménagement des fleuves, réalisés par les hommes du Goulag et reposant sur leurs cadavres, lui permettant de désigner Moscou comme une sorte de hub de l’ensemble, c’est bien Pierre le Grand qui demeure la référence cardinale de l’ancien et vulgaire fonctionnaire du K.G.B. qui n’est pas à une contradiction près. Tourné délibérément vers l’Occident et sa culture afin de sortir la Russie de son état, Pierre est aussi celui qui s’est rendu compte de l’importance des voies maritimes et de la maîtrise des mers pour désenclaver le pays. La guerre russo-turque (1686-1700) avec in fine le contrôle de la mer d’Azov, la très longue guerre du Nord contre la Suède (1700-1721) et, à terme, l’ingérence russe en Baltique (annexion de la Livonie et de l’Estonie) ; plus « pacifiquement », la création de la marine impériale (1695-96) puis la fondation de Saint-Pétersbourg (1703) ont participé de cette poussée océane majeure.

Poutine, en réécrivant l’histoire, a retenu la leçon mais à sa façon. Ce que le film montre très bien, c’est le lien étroit entre les entreprises terrestres et guerrières (guerre en Crimée puis en Ukraine avec la prise acharnée du port de Marioupol, main mise sur la Géorgie et le Caucase) et l’expansion maritime à l’œuvre. Dès lors, il convient de redevenir maître de la mer Noire par où transitent 40 % du trafic mondial des céréales ; il est indispensable d’ouvrir de nouvelles voies maritimes en particulier au nord. A partir de la mer Blanche, investir la mer Arctique (une 6e mer ?) qui, outre ses richesses énergétiques, permettrait de relier la Russie à la Chine et simultanément envisager un nouveau passage du nord-ouest qui conduirait à une possible confrontation avec les U.S.A. qui lorgnent actuellement vers le Groenland et le Canada. D’où les investissements militaires et commerciaux dont bénéfice présentement le port de Mourmansk. C’est l’une des illustrations selon laquelle « la Russie n’a pas de frontières » (dixit Poutine) mais juste des fronts qu’il convient de renforcer comme interfaces défensifs et comme bases expansionnistes. S’y adjoint le rôle supplétif des stratégies hybrides lancées par Moscou contre l’Occident depuis une dizaine d’années et dont le très récent arraisonnement du navire fantôme russe Pushpa est le dernier avatar en date.

Ce film instructif et glaçant par endroits aurait peut-être pu souligner davantage les échecs patents du maître du Kremlin dans ses visées impérialistes, notamment la défaillance syrienne et l’arrêt d’une possible expansion méditerranéenne rapidement évoquée, ou la relative faiblesse d’une partie de la marine russe, notamment mise à mal en mer Noire, en dépit de la grande parade navale de façade (juillet 2021) présentée dans le documentaire où justement Poutine cite aux marins le règlement maritime de Pierre le Grand : « Ne jamais baisser pavillon devant personne. Ne jamais capituler » ? Mais cette légère réserve n’est-elle pas émise pour se rassurer à bon compte ?

Alain Cabantous

Algues vertes, bétonnisation du littoral : le temps bienvenu des pétitions !

« Chaque génération… se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le fera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse »

Alors que se profile chez nous un détricotage méthodique des instruments de protection de la mer et du littoral, le message adressé par Albert Camus, lors de la remise de son Nobel il y a près de 70 ans, est un antidote à l’inaction.


Car, aujourd’hui, les temps sont sombres sur nos rivages.

Sur les algues vertes, après le déni, l’obscurantisme !

Le déni, nous l’avions souligné en remettant en 2020 le prix BD des Mémoires de la Mer à Ines Leraud pour « Algues Vertes, L’histoire interdite »

« Le prix BD 2020 des Mémoires de la Mer a un premier mérite : celui de nous rafraîchir la mémoire ! Et, ce faisant, de chercher à comprendre les raisons d’une impuissance persistante, enracinée depuis l’origine dans le déni. »

Ce déni aura duré 30 ans jusqu’à l’arrêt de la Cour Administrative d’appel de Nantes du 24 juin 2025 qui reconnaît officiellement que la prolifération des algues vertes est dûe essentiellement « aux excédents de nitrates issus des exploitations agricoles intensives » et dénonce publiquement « les carences de l’État dans la mise en œuvre de la réglementation européenne et nationale destinée à protéger les eaux de toute pollution d’origine agricole ».

Le soulagement aura été de courte durée : 15 jours tout juste ! Le 8 juillet, l’Assemblée Nationale adoptait la loi dite Duplomb qui va faciliter la création et l’extension des porcheries industrielles y compris en bord de mer ou à proximité des cours d’eau.

Ce n’est plus du déni, c’est soit du cynisme, soit de l’obscurantisme !

La pétition citoyenne contre la loi Duplomb, votée sans un débat digne de ce nom à l’Assemblée Nationale, est donc particulièrement bienvenue.

👉 https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-3014


Quant à la protection du littoral…

…Qui aurait imaginé qu’il faudrait un jour se mobiliser pour empêcher la disparition du Conservatoire du Littoral ?

Et bien oui, nous en sommes là ! Insidieuse, sous couvert de réforme de l’Etat, la menace n’en est pas moins bien réelle et ce à court terme dans le cadre de la prochaine loi de finances, au moment même où le Conservatoire du Littoral fête ses 50 ans !!!

Le seul regret qu’on pourrait avoir s’agissant du Conservatoire du Littoral, comme d’ailleurs de la loi Littoral, c’est qu’ils sont intervenus un peu trop tardivement pour limiter la bétonnisation et la privatisation de nos côtes, sur la Côte d’Azur entre autres.

Grâce à son action, dans l’Hexagone comme en outre-mer, près de 20% des côtes des mers, océans et grands lacs sont aujourd’hui protégées de façon inaliénable.

Qui peut aujourd’hui raisonnablement penser que les menaces auxquelles répondait la création du Conservatoire – artificialisation, appropriation… – ont aujourd’hui disparu ?
Qui peut nier que les risques liés au changement climatique, que l’érosion du littoral, qui concerne aujourd’hui près de 50 % de nos côtes, imposent le renforcement d’une structure qui a démontré sa capacité à faire travailler ensemble tous les acteurs publics et privés ?


Alors oui, là encore, les pétitions sont aujourd’hui les bienvenues !

👉 https://www.change.org/p/prot%C3%A9geons-ensemble-nos-littoraux-soutenons-le-conservatoire-du-littoral

Création de Gil Blondel pour l’exposition « Bons baisers de Bretagne » du Musée du Carton Voyageur de Baud

Benedict Donnelly

Le Centre International de la Mer a 40 ans : le récit des origines

Le Centre International de la Mer a 40 ans : le récit des origines par Benedict Donnelly

Juin 1985 : au cœur de la Corderie Royale de Rochefort, s’ouvre un lieu culturel insolite, exclusivement dédié … à la mer.

Cette création n’allait pas de soi. A la différence des autres projets culturels soutenus par l’Etat, grâce à la création du Ministère de la Mer au début des années 80 – Océanopolis à Brest, Nausicaa à Boulogne sur Mer… -, la municipalité de Rochefort n’avait fait remonter au cabinet du Ministre de la Mer, Louis Le Pensec, aucun projet.

J’en suis le premier témoin, ayant été chargé à l’automne 1981 par le Ministre d’élaborer les grandes lignes de l’action culturelle maritime de l’Etat (Cf. l’autobiographie de Louis Le Pensec « Ministre à bâbord » parue en 1997 aux Editions Ouest-France.)

Je ne connaissais de Rochefort que ses bouchons, sur la route de Royan et d’Oléron, lorsque je suis contacté à l’automne 1982 par un professionnel de l’audiovisuel public, Yves Le Gall, initiateur avec Pierre Schaeffer, fondateur et directeur du Service de la recherche de l’ORTF (l’office de radiodiffusion et de télévision française), d’une radio sur ondes courtes à destination des marins de commerce : Antelim (Association Nationale des Télécommunications du Littoral et de la Mer).

Antelim était une association de marins de commerce qui fonctionna de mars 1979 à septembre 1984.

Avec le recul, son mode de fonctionnement apparaît comme une préfiguration d’internet :

« Le mode horizontal de communication en était le suivant : une trentaine de groupes de marins et d’épouses se constitua sur le littoral, là où ils habitaient. Ces groupes, appelés unités d’expression et de communication (UEC), décidaient des contenus des émissions et de leur programmation. La diffusion était assurée sur ondes courtes par Radio France Internationale. Le retour était assuré par radiotéléphonie »

(Jacques Perriault « Réseaux de communication horizontale, un aperçu à travers le temps » Le Temps des Media n°18 2012).

A l’occasion de sa venue Place de Fontenoy à Paris, siège historique du Ministère de la Mer, Yves Le Gall m’invita à venir à Rochefort où Antelim venait d’installer un studio de radio dans un local d’environ 30 m² non aménagé, dans l’aile sud de la Corderie Royale, presque totalement reconstruite près de 40 ans après avoir été incendiée par l’occupant allemand en septembre 1944.

Il avait proposé à la municipalité de Rochefort, qui lui avait accordé un bail précaire, de faire de la Corderie Royale le siège d’Antelim en installant au rez de chaussée de l’aile Sud sur environ 1000 m² une véritable station de radio.

Dans les jours qui suivirent ce rendez-vous, je reçus une lettre officielle du maire de Rochefort, Jean-Louis Frot, m’invitant à visiter la Corderie Royale et plus globalement le site de l’ancien arsenal royal et à échanger sur le projet d’Antelim.

Le 2 décembre 1982 – jour de mes 33 ans…. – j’arrivais à la gare de Surgères en fin de matinée par le train Corail du matin (le premier TGV ne circulera qu’à la fin juin de 1993).

Première surprise, c’est le maire en personne qui m’accueillit avec sa voiture personnelle et qui, durant tout le trajet d’environ une demi-heure de Surgères à Rochefort me commenta avec passion la diversité des paysages et des cultures que nous traversions.

Puis, ce fut le choc de la découverte de la Corderie Royale. Comme je l’ai écrit dans mon livre « Petite ballade littéraire autour de l’Hermione », Erik Orsenna, quelques années plus tard, mettra des mots sur mon émotion : « La Corderie appartient à cette collection très restreinte de structures élémentaires qui nous parlent, nous apaisent, nous agrandissent, nous élèvent… comme une cadence de Bach ou une phrase de Proust »

Effet de surprise garanti et ce d’autant plus que la Corderie n’était pas encore totalement reconstruite et que les tailleurs de pierre intervenaient toujours sur la partie centrale.

Autant dire que le maire de Rochefort, rejoint pour le déjeuner par son adjointe Françoise Jouanneau et Emmanuel Lopez, directeur-adjoint du Conservatoire du Littoral, n’eut guère de mal à me passionner pour l’histoire de sa ville, si intimement liée à celle de la Marine Royale, et pour le combat de sa vie, la restauration de la Corderie Royale, joyau de l’arsenal de Louis XIV, laissée pendant 20 ans à l’état de ruine après l’incendie de 1944, classée monument historique en 1967, prélude à un chantier monumental de 12 ans qui s’achèvera en 1984.

La réunion de travail en début d’après-midi à l’Hotel de Ville en présence d’Yves Le Gall évoqua le projet d’Antelim et ses incertitudes financières et l’échange se recentra très vite sur la possibilité de l’ouverture au public de la Corderie Royale.

C’était pour moi une évidence, moins pour le maire, avant tout préoccupé par l’achèvement de la restauration et la recherche d’occupants solvables des 14 000 m² de la Corderie. Un objectif déjà atteint aux 2/3, la Chambre de Commerce et d’industrie de Rochefort occupant déjà toute l’aile nord, la partie centrale étant réservée à la médiathèque municipale et l’étage de la partie sud déjà occupé par les bureaux du conservatoire du littoral et de la ligue pour la protection des oiseaux.

Le maire me fit un appel du pied personnel, sollicitant mon aide pour porter un projet sur ĺa mer au cœur de la Corderie, en symbiose avec son histoire.

De retour Place Fontenoy, j’eus rapidement l’occasion d’évoquer le site de Rochefort. Pierre Léonard, le Président du Conseil Supérieur de la Marine Marchande souhaitait organiser un colloque national sur l’actualité de la politique maritime de Colbert à l’occasion du 300 ème anniversaire de la mort de Colbert. Je lui suggérais de décentraliser ce colloque à Rochefort, ville arsenal au bord de la Charente, créée au 17 ème siècle sur décision de Colbert.

Grâce à l’engagement de Pierre Léonard, au soutien de Louis Le Pensec et de Guy Lengagne qui lui succède Place Fontenoy en mars 1983, à l’implication de la municipalité de Rochefort, du département de Charente Maritime, de la Région Poitou Charentes et du préfet de Région, le « colloque Colbert » qui se tient au Palais des Congrès de Rochefort, les 17 et 18 octobre 1983, sera un moment fort pour l’ensemble de la communauté maritime française.

De droite à gauche, à la tribune, l’historien Fernand Braudel, Jean-Louis Frot (maire de Rochefort), Martine Remond-Gouilloud (juriste) Michel Crépeau (ministre et maire de La Rochelle), Jacques Monestier (préfet de Région)

Ce sera aussi le vrai point de départ du Centre International de la Mer officiellement créé deux ans plus tard en juin 1985.

Car une étape essentielle a été franchie : Rochefort et tout particulièrement la Corderie Royale ont (re)trouvé leur place dans l’imaginaire maritime français.

Dès le printemps 1984, le comité interministériel de la Mer valide la Corderie Royale comme un des lieux culturels maritimes majeurs à même de bénéficier du soutien du tout nouveau Fonds d’Intervention et d’Action Maritimes (le FIAM).

Un soutien sous conditions : l’élaboration d’un projet culturel crédible et structuré, et le feu vert de l’administration préfectorale pour l’ouverture au public de l’aile sud de la Corderie.

Les grandes lignes du projet ont été déjà esquissées et validées par un groupe de travail commun au Ministère et à la municipalité : « raconter » la Corderie Royale, joyau architectural et établissement industriel indissociable de l’histoire de la création et du destin de l’arsenal de Rochefort ; enrichir par la rencontre et l’échange, dans un lieu symbolique de la « France de la Mer », à l’écart des rivalités portuaires, la compréhension des enjeux maritimes contemporains.

Pour porter le projet, le principe de la création d’une association dédiée au projet s’impose rapidement.

Je propose à Jean-Louis Frot une personnalité forte pour la présider : Paul Guimard, écrivain, passionné de mer et conseiller culturel du Président de la République.

Je connaissais bien Paul Guimard depuis la campagne présidentielle de 1981. Nous animions ensemble le groupe mer du PS qui avait élaboré le projet maritime de François Mitterrand, formulé dans un livre « La mer retrouvée » dont j’avais piloté la rédaction.

Paul accepte, à condition que je sois à ses côtés comme vice-président délégué.

Lors de notre première rencontre avec Jean-Louis Frot, je leur propose de nous placer sous la bannière des centres culturels de rencontre, un label attribué par le Ministère de la Culture « aux monuments historiques ayant perdu leur vocation d’origine ».et à même de « prendre part à une nouvelle vie culturelle, artistique ou intellectuelle »

Contact est pris avec l’Association des Centres Culturels de Rencontre abritée à l’Hôtel de Sully, dans le quartier du Marais à Paris, siège de la Caisse Nationale des Monuments Historiques, interlocuteur connu de la Corderie Royale, classée monument historique en 1967 : un classement fondateur de sa renaissance.

Un premier contact suivi de plusieurs réunions de travail à Paris et à Rochefort, conclues par l’intégration de la Corderie – après validation d’un modèle économique basé sur un autofinancement majoritaire, complété par des subventions publiques – comme sixième Centre Culturel de Rencontre (26 aujourd’hui) aux côtés notamment de la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon, des Salines d’Arc et Senans et de l’Abbaye de Royaumont.

L’hôtel de Sully à Paris, siège de l’Association des Centres Culturels de Rencontre en 1985

Parallèlement à la structuration de l’association, le travail est engagé tout au long de l’année 1984 pour permettre l’ouverture au public d’un ancien établissement industriel dont ce n’était pas la vocation.

Principal obstacle au sens propre comme au sens figuré : la présence au rez de chaussée de l’aile sud de la Corderie de deux escaliers monumentaux en béton, prévus lors de la reconstruction pour permettre l’évacuation en cas d’incendie des personnes travaillant à l’étage pour le Conservatoire National du Littoral et la Ligue pour la Protection des Oiseaux. Après bien des péripéties, c’est le soutien personnel de Jacques Monestier, le Préfet de Région, qui permet de lever le blocage des services de sécurité avec une solution pragmatique : pour le cas exceptionnel où il ne serait pas possible d’évacuer le personnel par l’escalier principal, on mettra en place des toboggans du même type que ceux utilisés dans l’aviation !

Reste à recruter un directeur…

Nous lançons ensemble, Jean-Louis Frot et moi, une procédure de recrutement dont les auditions se déroulent dans le bureau de Paul Guimard à la Haute Autorité de l’Audiovisuel. Après quelques péripéties, nous recrutons finalement Jean-Pierre Chesné avec lequel j’avais travaillé, dix ans auparavant, au sein du Groupe de recherche sur l’éducation permanente (le GREP).

Et le jour J, le 5 juin 1985, Paul Guimard peut couper le traditionnel ruban lors de l’inauguration officielle du Centre International de la Mer dans l’aile sud de la Corderie Royale. Avec sa concision habituelle, il relie le passé au présent et ne fait pas mystère des ambitions du CIM :

« Beaucoup d’aventures de grand vent sont parties de Rochefort. D’autres vont aujourd’hui en repartir, des aventures de l’esprit : ce ne sont ni les moins exigeantes, ni les moins périlleuses… »

L’inauguration du CIM a eu lieu le 5 juin 1985. Au centre, le premier président Paul Guimard coupe le ruban. Jean-Louis Frot, maire de Rochefort, est à droite

La Corderie Royale, pour la première fois de son histoire multiséculaire, s’ouvre à la visite du public.

Cette ouverture va créer une dynamique nouvelle qui bénéficiera au projet du Jardin des Retours, imaginé par le paysagiste Bernard Lassus.

Paul Guimard emportera la conviction de François Mitterrand et l’inscription du Jardin des Retours dans les grands projets de l’Etat, assortie d’une condition : le financement par Bernard Lassus d’une animation permanente de l’aire des gréements avec des manœuvres de voiles évoquant les grands navires d’autrefois.

Un préalable oublié en route par son concepteur… mais pas par l’équipe du CIM et qui suscitera chez elle, des années plus tard, une envie d’Hermione. Mais ça, c’est une autre histoire !

Benedict Donnelly
Le 13 mai 2025

Mémoires de la Mer 2025 : Prix de la Bande Dessinée, les explications du jury

La soirée de remise des prix des Mémoires de la Mer au Musée National de la Marine, le vendredi 28 mars, a permis aux jurys des Mémoires de commenter le choix des lauréats.

Nous publions ci-dessous les interventions des différents membres des jurys, Olivier Lascar et Gilbert Buti.

Mémoires de la Mer 2025 : Prix de la Bande Dessinée

Octopolis prix BD des Mémoires de la Mer 2025 – Gaétan Nocq – Editions Daniel Maghen.

J’ai le plaisir de vous présenter cette BD choisie par le jury des Mémoires de la mer. Elle s’appelle « Octopolis » et est signée Gaétan Nocq, qui la publie aux éditions Daniel Maghen.

L’intrigue : nous suivons l’enquête de Mona, dont le père, qu’elle n’a pas vu depuis 7 ans, a mystérieusement disparu. C’est un scientifique, un paléontologue, un habitué des fossiles qui paraît s’être passionné pour des créatures au corps mou qui – paradoxe – ne fossilisent pas : les céphalopodes. De fait, l’enquête de Mona va la mener jusqu’à un site du Pacifique, sujet d’étude de son père, Octopolis, paradis des poulpes.

Ce qui est bien avec cette BD :
– Très grande documentation, très sourcée scientifiquement.
Le récit est scandé de planches où le lecteur va à la rencontre du peuple des grandes profondeurs. Coquillages, vers tubulaires des sources hydrothermales, mais la part belle est donnée aux céphalopodes bien sûr. Qu’ils aient 8 ou 10 bras. Nous plongeons jusqu’aux abysses, en dessous de 1000 mètres de profondeur, à la découverte par exemple du Vampire des abysses, un céphalopode adepte de la bioluminescence et praticien d’une posture de défense que les spécialistes ont nommé « posture de l’ananas ». Le vampire des abysses pourrait être le chaînon manquant entre les céphalopodes à 8 et 10 bras.

Sujet d’actualité, puisque le livre de Gaétan Nocq ouvre le sujet des nodules polymétalliques, ces agrégats de minerais qui font que les abysses sont regardés avec concupiscence par les industriels du monde entier.

Mais l’aspect le plus séduisant du livre est sa beauté formelle. Immersion dans le monde de l’océan. Une plongée caractérisée par le traitement des couleurs. Toutes les nuances de bleu sont convoquées, mais l’intrusion d’autres couleurs aux moments de tensions de l’intrigue fait parfois basculer dans le rouge. Magnifique.

Olivier Lascar – 28.03.2025

Mémoires de la Mer 2025 : Mention Spéciale Bande Dessinée

Les Travailleurs de la mer en BD par Michel Durand – Grenoble, Glénat, 2024, 152 p.

Depuis quelques années sont proposées, avec plus ou moins de bonheur, des biographies ou des adaptations d’œuvres littéraires en BD ou en romans graphiques.
Ces entreprises sont parfois assez fades, convenues et ne servent guère les sujets « illustrés » par des auteurs en mal d’inspiration.

Rien de tel avec l’album de Michel Durand dédié aux Travailleurs de la mer de Victor Hugo !
Le livre de Hugo, paru en 1866, est connu, tout au moins … son titre, car le contenu de l’ouvrage l’est beaucoup moins.
Cette BD incitera assurément à la lecture, ou à la relecture, de l’œuvre littéraire, ce qui n’est pas le moindre de ses mérites.

Mais, outre cette qualité, la BD de Michel Durand est hors-norme ! Un choc !
Le dessinateur-scénariste qui a adapté en 152 planches l’ouvrage de Victor Hugo a laissé humblement la parole au père des Travailleurs de la mer.
Il a fait une judicieuse sélection des temps forts, des grandes séquences de l’œuvre et il a délicatement accompagné les principaux personnages du roman, à commencer par la MER.

La vie des pêcheurs, la violence des flots, l’organisation des villages côtiers, les embarcations traditionnelles et les techniques nouvelles, les costumes et les intrigues sont retracés avec beaucoup de finesse. Et un réel soin documentaire.

Dans ce drame imaginé par Hugo, nous suivons, avec Michel Durand, le travail acharné mené avec ingéniosité et détermination par un audacieux pêcheur pour ramener à quai l’épave d’un navire à vapeur échoué sur des rochers près de Guernesey.
Prouesse humaine, intrigue amoureuse, défi technique et rebondissements hugoliens : tous les ingrédients du drame sont là, servis par une représentation graphique originale, et pour tout dire extraordinaire. Unique !

Car en s’inspirant du rendu de la technique des gravures du XIXᵉ siècle, comme celles de Gustave Doré, Michel Durand a adapté le roman de Victor Hugo en effectuant des dessins « en hachures ».
Il a réussi à imiter les traits des graveurs par l’utilisation de la plume et de l’encre noire. Et ce sans jamais tracer les contours des figures représentées !

C’est un tour de force, une technique extrêmement rare, un défi qui a nécessité un travail long et “titanesque” (5 ans pour réaliser cet album).

Le grand format de l’album autorise une large respiration du récit.
La couverture, superbe présentation toilée mettant en scène la lutte de l’homme contre un monstre marin, est magnifique.
Qui plus est, l’album dispose, chose devenue très rare, d’un ruban signet !

La très grande qualité de fabrication de la BD est en parfaite adéquation avec le trait de l’artiste mis au service de la puissance de la mer et des passions humaines.

L’éditeur, à savoir Glénat, mérite d’être associé à cet hommage, d’être félicité pour la réalisation de ce superbe volume qui aurait toute sa place parmi ce que l’on est parfois convenu d’appeler beaux livres.

Cette BD invite à découvrir ou redécouvrir un auteur majeur de notre patrimoine littéraire.
Elle contribue à faire connaître la culture maritime dans toute son épaisseur et se situe ainsi au cœur des “Mémoires de la mer”.
C’est la raison pour laquelle le jury a souhaité lui attribuer une mention spéciale assortie de toutes ses félicitations !


Résumé de l’histoire

Mess Lethierry, ancien marin et armateur, est propriétaire d’un navire à vapeur, la Durande, qui vient de faire naufrage.
Lethierry est furieux à l’idée de perdre le moteur révolutionnaire de son navire. Il promet la main de sa nièce, Déruchette, à celui qui récupérera le moteur.

Gilliatt, un pêcheur secrètement amoureux de Déruchette, accepte le défi qui le conduit à s’aventurer parmi les deux rochers et les écueils non loin de Guernesey.
Il affronte, sans témoin, la colère des flots et d’une terrible pieuvre (représentation de la couverture…).

Il parvient, après un travail acharné et beaucoup d’ingéniosité, à ramener la Durande, tout au moins l’imposante machinerie, à son port d’attache.

Cependant, quand il revient vers Mess Lethierry, il refuse, contrairement à ce qui avait été convenu au départ, d’épouser Déruchette.
Car, ainsi qu’a pu le surprendre Gilliatt peu après son retour, Déruchette est amoureuse du nouveau, jeune et riche recteur de l’île (que Gilliatt avait d’ailleurs sauvé de la noyade avant son arrivée).

Félicité pour sa prouesse, le malheureux Gilliatt va jusqu’à favoriser l’union de Déruchette avec le riche recteur.
Il favorise leur départ après le mariage, voit leur navire s’éloigner et se laisse engloutir par les flots de la marée montante (là même où il avait sauvé le recteur de la noyade…).